
Ces derniers jours, nous avons subi le spectacle d’une certaine vie politique française,
nous reléguant ainsi au rôle de voyeurs de la vie privée, ou du moins de vies qui devraient le rester, de ministres de la République.
Ce que nous sommes censés demander, en principe, à nos élus, nos représentants, c’est d’être meilleurs que nous, mieux à même de juger des choses du monde, de les comprendre, de s’en emparer et
finalement, d’y répondre.
Hélas, ce spectacle affligeant qui dégrade la fonction du politique, étalé à la une de la presse écrite, télévisuelle (même quand il ne s’agit pas de presse, mais d’émissions de télévision non
informatives), n’a finalement ouvert de champs qu’aux populistes de tous poils chantres du retour à ordre moral, le vrai. Et c’est avec un flair tout politique que Mme Le Pen s’est emparée de ces
non-événements, au plus grand profit de son Parti, lequel depuis les dernières élections présidentielles, sentait plutôt le moisi.
Notre grand timonier président n’avait-il pas bâti sa campagne sur ce retour à l’ordre moral ? n’avait-il pas fustigé l’héritage de mai 68, forme ultime de la décadence populaire et
jeunesque ?.
En jouant «l’ouverture», ou plutôt le débauchage, il voulait porter un coup au PS, tentative habile de déstabilisation.
Mais, à la lumière des derniers événements, il s’avère que Frédéric Mitterrand est un mauvais coup. D’abord parce qu’il a rarement été de gauche et que seul son patronyme, illustre lui, pouvait
être assimilé au PS. Ensuite, parce que la publication de son ouvrage « la mauvaise vie » paru en 2005, qui peut être le classait enfin dans le rang des artistes, ne lui donnait en
aucun cas la stature d’un ministrable auquel on demande, je m’en excuse par avance, d’avoir une certaine vision de l’Etat et de la République.
Autre mauvais coup, Eric Besson, qui finalement outre le fait qu’il est d'abord traître à sa famille politique d’origine, passe dorénavant pour un Dom Juan de province, suite à la sortie du livre
de son ex, alors que son vrai métier est de faire la chasse aux immigrés, ni plus ni moins, ce n’est pas très reluisant.
Et puis, dans un autre ordre d’idée (et non pas autre ordre moral), voilà que le fils du président se voit nommé à la tête de l’Epad, établissement public d’aménagement de la Défense,
établissement qui a pour vocation de gérer le plus riche quartier de France : la Défense.
Pour rappel, ce jeune homme de 23 ans, n’a aucun titre hormis son nom, aucune formation hormis le redoublement de son année de licence de droit, aucune expérience hormis celle de son héritage du
canton de Neuilly sud. Il ne peut que se prévaloir d’un CV dont le vide est sidéral pour une telle responsabilité. Mais, apparemment, les CV, on le sait, ça ne veut pas dire grand’chose pour
l’entourage présidentiel.
Connaissons-nous beaucoup de jeunes de 23 ans qui se retrouvent responsables d’établissements publics ou d’entreprises gérant je ne sais combien de milliards d’euros par ans ? Quelle est
l'indemnité qui va avec ?
S’il s’était agit du fils d’un Président, disons… gabonais ou nord coréen, que n’aurions-nous pas entendu sur le népotisme d’un chef d'Etat, grand manitou d'une république bananière. Mais voilà,
il s’agit du nôtre d’Etat, de notre République à nous, celle avec un grand « R », dont la devise est encore, que je sache, « liberté, égalité, fraternité ».
Après ça, comment critiquer la Chine, ou, sans aller aussi loin, rire de l’Italie et des frasques de leur grand timonier à eux qu’ils ont.
Toutes ces affaires ont pour point commun le manque d’éthique, de déontologie même, dans l’exercice du pouvoir, et ces manquements à la morale républicaine donnent un second souffle à ceux qui
savent très bien s’en emparer, c’est-à-dire à l’extrême droite. Devrons-nous, une fois encore, nous cantonner au rôle de spectateurs de l’abaissement de ces élites et par là même de l’abaissement
de leur fonction ? Rien ne semble plus dangereux que de laisser l’opinion publique se débrouiller avec les chantres de l’ordre moral, le vrai, que sont les représentants de l’extrême droite
française.